Essayez de vous remémorer un souvenir. N’importe lequel. Est-ce un bon souvenir ? Un souvenir négatif ?
Chacun de vos souvenirs a une émotion particulière qui lui est rattachée. Agréable ou désagréable, forte ou diffuse, c’est comme si l’émotion avait été la clé qui vous a permis « d’entrer » dans ce souvenir et d’y revenir à volonté. Ce n’est pas un hasard.
L’émotion, carburant de la mémoire
Les neurosciences ont confirmé depuis plusieurs décennies que nos émotions jouent un rôle central dans la consolidation mémorielle. Lorsqu’une expérience est vécue avec une charge émotionnelle (positive ou négative), l’amygdale (cette petite structure en forme d’amande au cœur du cerveau) envoie un signal au reste du système. Comme s’il annonçait « Celle-là, garde-la. »
L’adrénaline, la noradrénaline, le cortisol, la dopamine entrent en jeu. Et le souvenir s’ancre plus profondément, plus durablement que des informations apprises sans engagement émotionnel particulier.
Ce mécanisme, certainement pensé à l’origine pour notre survie, est extrêmement puissant pour notre apprentissage.
Dans nos classes, l’émotion est un outil pédagogique à part entière
Pour toutes les classes de DEKODE, nous utilisons continuellement l’état émotionnel de nos élèves. Nous créons délibérément des conditions visant à favoriser l’engagement.
La surprise, d’abord. Introduire un concept de façon inattendue, poser une question qui déstabilise les certitudes, montrer que ce qu’on croyait savoir est en fait plus complexe qu’il n’y paraît. La surprise crée une rupture cognitive. Elle dit au cerveau : « Quelque chose d’important se passe ici. »
L’enthousiasme, ensuite. L’enthousiasme authentique de l’enseignant est contagieux (si, si, c’est prouvé!). Mais encore plus précieux, c’est celui que l’élève développe pour lui-même, quand un sujet lui parle vraiment et qu’il se sent transporté. Et lorsqu’une idée ou un concept entre en résonance avec ce qu’il vit, quand il réalise que ce qu’il apprend a du sens au-delà de la salle de classe, alors c’est le jackpot.
L’envie de réussir, enfin. Ce moteur intime, que je considère comme interdépendant de l’enthousiasme, transforme les premières et petites réussites en un apprentissage durable. C’est « ce petit frisson » ressenti avant un défi qu’on se sent « peut-être » capable de réussir. C’est ce petit frisson encore, mais ressenti suite à un effort abouti. C’est aussi la fierté d’avoir compris, de sentir qu’on a progressé. Ce sentiment transforme un apprentissage ponctuel en une motivation durable.
Une réciprocité qui nourrit tout le monde
Ce qui est fascinant dans cette dynamique, c’est qu’elle ne fonctionne pas à sens unique. Les élèves ont ce don naturel de nous provoquer une multitude d’émotions telles que de la fierté, de l’amusement, de l’étonnement, de l’entrain et de l’élan. Et ces émotions en retour nourrissent l’enseignant·e, renouvellent son énergie (ou pas) et affinent aussi sa pédagogie.
La classe peut alors devenir un espace d’échanges émotionnels mutuels. Un endroit où apprendre devient une expérience vivante, incarnée et non une simple transmission verticale d’informations.
Qu’est-ce que cela change en classe comme ailleurs ?
Prendre en compte les émotions dans l’apprentissage, c’est accepter que l’humain n’est pas une machine à traiter des données (vous avez deviné à quoi je fais référence?). C’est concevoir des activités qui stimulent la curiosité avant de livrer une réponse toute faite. C’est célébrer les progrès autant que les résultats. C’est permettre à l’erreur d’être vécue comme une étape normale, et non comme une sanction.
En d’autres mots, c’est choisir de faire de l’école un endroit où l’on a envie de revenir parce que ce qu’on y vit reste gravé, bien longtemps après que les cahiers se soient refermés.
Dans l’équipe de DEKODE, nous croyons que l’apprentissage le plus solide est celui qui touche à la fois notre intellect et notre cœur. Si cet article vous a parlé, partagez-le et venez nous dire quelle émotion a marqué votre meilleur souvenir d’apprentissage.